Vous avez acheté des actions ou un ETF, le cours est monté, vous avez vendu. La question qui vient ensuite : faut-il déclarer ce gain, et sera-t-il imposé ? Au Luxembourg, pour un particulier, la réponse tient d'abord à une seule donnée : le temps que vous avez gardé les titres avant de vendre.
La règle des six mois décide de tout
Un ETF est un fonds coté qui suit un indice, acheté et vendu comme une action. Pour la plus-value, actions et ETF suivent la même logique. Le point de bascule est la durée entre l'achat et la vente. Jusqu'à six mois compris, le gain est un bénéfice de spéculation : il s'ajoute à votre revenu et il est imposé à votre taux. Au-delà de six mois, la plus-value est exonérée : rien à payer, rien à déclarer. C'est l'article 99bis de la loi sur l'impôt sur le revenu qui rend imposable la plus-value réalisée dans les six mois. Au-delà de six mois, la plus-value ordinaire sort des revenus imposables, ce qui explique qu'elle ne soit pas taxée.
Sous 500 € de gains dans l'année, rien à payer
Même quand la vente tombe dans les six mois, un plancher vous protège. Si le total de vos bénéfices de spéculation de l'année civile reste inférieur à 500 €, ce total n'est pas imposable. Ce seuil fonctionne en tout ou rien. En dessous, le gain échappe entièrement à l'impôt ; une fois ce seuil franchi, c'est l'ensemble du bénéfice qui entre dans le calcul, pas seulement la part au-dessus de 500 €.
Quand le gain est imposable, un prélèvement de plus s'y ajoute : la contribution à l'assurance dépendance, 1,4 % du gain, retenue par l'administration au moment du bulletin d'impôt. Un gain exonéré, lui, n'y est pas soumis.
Vendre à perte : la moins-value compte aussi
Si vous vendez un titre à perte dans les six mois, cette moins-value vient en déduction de vos bénéfices de spéculation de la même année : c'est le résultat net de l'année qui se compare au seuil de 500 € et qui entre dans l'impôt. Deux limites. Une moins-value de spéculation ne se déduit jamais de vos autres revenus, salaire ou loyers. Et ce qui n'est pas absorbé par des gains de la même année est perdu : pas de report sur l'année suivante.
Le cas particulier : la participation importante
Il existe un régime à part pour les grosses participations. Si vous détenez, seul ou avec votre conjoint ou partenaire et vos enfants mineurs, plus de 10 % du capital d'une société à un moment des cinq années qui précèdent la vente, on parle de participation importante. Dans ce cas, la plus-value reste imposable même après six mois de détention. Elle bénéficie en contrepartie d'un régime plus doux, avec un taux réduit et un abattement.
Ce cas concerne surtout un dirigeant ou un associé qui vend ses parts, pas l'épargnant qui achète quelques actions cotées ou un ETF chez son courtier : y détenir plus de 10 % du capital d'une société est en pratique hors de portée. Si vous êtes dans cette situation, les montants en jeu et les règles d'abattement justifient d'en parler avec un conseiller avant de vendre : le calcul dépend de votre durée de détention, de votre part exacte et de votre foyer.
Un gros gain reste un gain exonéré
L'exonération au-delà de six mois n'a pas de plafond. Que la plus-value fasse 800 €, 80 000 € ou un million, le montant ne change rien : hors participation importante, elle reste exonérée en entier, là où la plupart des pays voisins imposent ces gains dès le premier euro.
La seule limite est un changement de nature de l'activité. Des achats-reventes incessants, financés à crédit, avec une organisation digne d'un professionnel, peuvent être requalifiés en activité commerciale, imposable en totalité. Acheter, garder plus de six mois, revendre, même avec un gain important : cela reste de la gestion de votre patrimoine privé. Le point pratique qui compte, c'est de pouvoir prouver vos dates d'achat et de vente, car c'est la durée qui fait l'exonération.
La crypto suit la même règle, avec trois particularités
L'administration range les monnaies virtuelles parmi les biens incorporels : détenir du bitcoin ou une autre crypto ne crée aucun impôt, même si le portefeuille a doublé. C'est la circulaire du 26 juillet 2018 qui applique aux crypto le régime décrit plus haut : la règle des six mois, la franchise de 500 € et la contribution dépendance valent à l'identique.
Première particularité, la cession ne se limite pas à la vente contre des euros. Échanger un bitcoin contre une autre crypto, ou payer un bien avec de la crypto, compte aussi comme une cession : la circulaire traite ces opérations comme une vente suivie d'un achat, et le gain éventuel se calcule en euros, au cours du jour de l'opération.
Deuxième particularité, la charge de la preuve de la durée de détention pèse sur vous : gardez l'historique de vos opérations, dates et montants convertis en euros. Troisième, quand plusieurs achats à des dates différentes rendent le suivi difficile, la circulaire retient la méthode du prix moyen pondéré et exclut les méthodes « premier entré, premier sorti ».
Ne pas confondre avec les dividendes
La plus-value, c'est le gain réalisé quand vous vendez un titre plus cher que vous ne l'avez acheté. Le dividende, lui, est le revenu que la société vous verse pendant que vous détenez l'action, sans rien vendre. Les deux ne suivent pas les mêmes règles. Le dividende est un revenu courant, imposable chaque année, avec ses propres mécaniques d'exemption. Nous les détaillons dans notre guide sur l'imposition des dividendes. Une même action peut vous rapporter les deux au fil du temps : des dividendes tant que vous la gardez, une plus-value le jour où vous la vendez.
Autre vente souvent confondue avec celle-ci : celle de votre logement. La revente de la résidence principale suit un régime encore différent, que nous traitons dans le guide sur la vente de la résidence principale.
Un gain de spéculation s'ajoute à votre revenu et suit votre taux : son effet dépend de tous vos autres revenus de l'année. Ce gain ne se saisit pas encore dans l'outil, mais celui-ci calcule votre impôt en direct : vous voyez le point de départ auquel il viendrait s'ajouter. Pour le minage, le staking ou le trading fréquent, la qualification demande un avis au cas par cas.
Gratuit cette année. Vous pouvez commencer sans compte, et vous arrêter quand vous voulez.
Ce qu'il ne tranche pas : ce que vous décidez d'en faire, et si vos contrats correspondent encore à votre situation.
Parler de mes besoins en assuranceKevin édite Fillo et exerce dans l'assurance au Luxembourg. Les plafonds et les calculs ci-dessus suivent la loi, indépendamment de tout contrat.
Sources
- Guichet.lu : identifier et déclarer les revenus de l'achat et de la vente d'actions ou de titres
- LIR, texte coordonné au 1er janvier 2025 (art. 99bis : bénéfice de spéculation, détention de 6 mois ou moins ; art. 100 : plus-value de cession d'une participation importante)
- ACD : circulaire du directeur des contributions L.I.R. n° 14/5 - 99/3 - 99bis/3 du 26 juillet 2018 (monnaies virtuelles)
Article pédagogique, vérifié à la date indiquée. Il ne constitue ni un conseil fiscal ni un conseil en investissement : votre situation peut différer des exemples.