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Déclaration en retard : supplément, astreinte, intérêts, ce que prévoit l'ACD

Par Kevin Sayrignac · Faits vérifiés le 5 juillet 2026 · 5 min de lecture

Votre déclaration aurait dû partir et elle ne l'a pas fait, ou l'échéance approche et vous savez déjà qu'elle passera. La question qui suit est toujours la même : combien cela coûte. Le droit fiscal luxembourgeois prévoit trois mesures pour la déclaration en retard et des intérêts pour l'impôt payé en retard. Chacune a son déclencheur, son montant ou son plafond, et déposer reste la meilleure réponse : le dépôt écarte l'astreinte et la taxation d'office, même s'il n'efface pas le retard déjà pris.

Deux retards différents, à ne pas confondre

Tout se clarifie quand on sépare deux situations. Le retard de déclaration : le formulaire n'est pas arrivé au bureau d'imposition dans le délai. Le retard de paiement : le bulletin est arrivé, il fixe un solde, et ce solde n'est pas versé à temps. Les deux retards déclenchent des mesures différentes, et vous pouvez être concerné par l'un sans l'autre.

Deux retards différents, deux familles de mesuresDéclaration en retardle document manquePaiement en retardle versement manqueSupplément, astreinte, taxation d'officesupplément : jusqu'à 10 % de la cote d'impôtIntérêts de retard0,6 % par mois sur l'impôt dû
Le retard de déclaration et le retard de paiement suivent deux voies séparées. Chaque voie a ses propres mesures.

Pour mémoire, le délai de dépôt de la déclaration est le 31 décembre de l'année qui suit l'année des revenus. Ce que cette date recouvre, et la demande de prolongation possible avant l'échéance, sont détaillés dans notre guide sur la date limite du 31 décembre.

Le supplément pour dépôt tardif : jusqu'à 10 % de la cote d'impôt

Première mesure, la plus connue. Quand la déclaration arrive en retard ou n'arrive pas, le bureau d'imposition peut fixer un supplément d'impôt qui monte jusqu'à 10 % de la cote d'impôt, c'est-à-dire du montant d'impôt que votre bulletin fixe pour l'année. Un impôt final de 4 000 € peut donc porter un supplément allant jusqu'à 400 €.

Le texte de l'ACD dit bien que le bureau peut fixer ce supplément : c'est une faculté laissée au bureau d'imposition, qui en décide selon le dossier, dans la limite du plafond de 10 %. La base légale est le paragraphe 168 de la loi générale des impôts, le texte de 1931 qui règle la procédure fiscale.

Un point s'ajoute, écrit noir sur blanc dans les textes de l'ACD : si l'impôt fixé n'est ensuite pas payé à son échéance, les intérêts de retard se calculent sur l'impôt et sur ce supplément. Un retard peut donc en alimenter un autre, et c'est précisément ce cumul qu'un dépôt rapide évite.

L'astreinte : toujours annoncée avant d'être appliquée

Deuxième mesure, réservée au cas où la déclaration ne vient toujours pas. L'astreinte pécuniaire est une somme réclamée pour obtenir le dépôt du document manquant. Elle suit une procédure en deux temps, décrite par l'ACD :

1. La sommation. Le bureau vous accorde un dernier délai et vous informe de son intention de fixer une astreinte si rien ne vient, en précisant à l'avance le montant exact envisagé. Ce courrier porte un nom, la sommation-astreinte.

2. La fixation. Si le délai expire sans réaction de votre part, le bureau fixe l'astreinte telle qu'annoncée et vous notifie sa décision par écrit. Le montant dépend de la gravité du retard ; l'ACD ne publie pas de barème ni de plafond, c'est la sommation qui vous donne le chiffre.

Le supplément et l'astreinte ne s'excluent pas : la FAQ de l'ACD précise que le délai de remise est à respecter sous peine d'un supplément d'impôt, d'une astreinte pécuniaire, voire des deux sanctions. Déposer pendant le dernier délai de la sommation écarte l'astreinte annoncée.

La taxation d'office : l'impôt fixé par estimation

Troisième mesure, au bout de la chaîne. Si le contribuable refuse de déposer sa déclaration, le bureau d'imposition est dans l'obligation de fixer la dette d'impôt lui-même, en procédant à la taxation d'office par voie d'estimation. Le bureau travaille alors sur les éléments dont il dispose, votre certificat de salaire par exemple, sans vos frais réels ni vos déductions : le résultat est en général moins favorable que celui d'une déclaration remplie avec vos chiffres.

Une taxation d'office déjà émise se conteste par la voie ordinaire de la réclamation, dans les trois mois de la notification du bulletin, avec vos revenus réels et vos justificatifs à l'appui. Le chemin complet du rappel jusqu'à la taxation d'office, et la marche à suivre à chaque étape, sont détaillés dans notre guide sur le rappel de l'ACD.

Les intérêts de retard : 0,6 % par mois, sur le paiement

Dernière pièce, et elle concerne l'autre retard, celui du paiement. Le solde fixé par le bulletin se paie dans un mois à compter de sa notification, présumée le 3e jour ouvrable après la remise du courrier à la poste. Passé ce délai, des intérêts de retard de 0,6 % par mois courent sur le montant impayé. Le mécanisme vient de l'article 155 de la loi concernant l'impôt sur le revenu, qui prévoit un taux de 1 % par mois ; le 0,6 % appliqué en pratique résulte d'un abaissement fixé par règlement grand-ducal, que ce même article autorise. Sur un solde de 3 000 €, chaque mois de retard ajoute donc 18 €.

Le même taux s'applique aux avances trimestrielles payées en retard, à partir du mois qui suit leur échéance des 10 mars, 10 juin, 10 septembre et 10 décembre. D'où viennent ces avances et comment en demander l'ajustement : notre guide sur les avances d'impôt trimestrielles le détaille.

Si vous ne pouvez pas payer dans le mois, un délai de paiement se demande au bureau d'imposition, par une demande motivée envoyée avant l'échéance. Quand il est accordé, aucun intérêt ne court pendant les 4 mois qui suivent l'échéance initiale ; au-delà, l'intérêt passe à 0,1 % par mois pour un délai de 5 mois à un an, et à 0,2 % par mois pour un délai d'un à trois ans. Le taux plein de 0,6 % s'applique si la demande arrive après l'échéance ou si le délai dépasse trois ans ; et si une échéance du plan accordé n'est pas respectée, il repart sur le solde encore dû.

Les quatre mesures en un tableau

MesureDéclencheurMontant ou plafondBase
Supplément pour dépôt tardifDéclaration en retard ou non déposéeJusqu'à 10 % de la cote d'impôt, sur décision du bureau§ 168 de la loi générale des impôts
Astreinte pécuniaireDéclaration toujours absente après le dernier délaiMontant annoncé à l'avance dans la sommation, selon la gravité du retardProcédure décrite par l'ACD (sommation-astreinte)
Taxation d'officeRefus de déposer la déclarationImpôt fixé par estimation, sans vos déductionsObligation du bureau, décrite par l'ACD
Intérêts de retardImpôt non payé à l'échéance (un mois après la notification du bulletin) ; avance non payée à son échéance0,6 % par mois ; 0,1 % ou 0,2 % si un délai de paiement est accordé avant l'échéanceArticle 155 LIR, taux abaissé par règlement

Règles vérifiées le 5 juillet 2026 sur impotsdirects.public.lu et guichet.public.lu. Le supplément et l'astreinte peuvent se cumuler ; les intérêts se calculent aussi sur le supplément impayé.

Régulariser : ce qui marche, dans l'ordre

1. Déposez, même en retard. L'astreinte et la taxation d'office visent le document manquant : le dépôt les écarte, à l'étape où la procédure se trouve. Le supplément pour dépôt tardif reste une faculté du bureau, le retard étant déjà constitué. Une déclaration déposée après l'échéance reste traitée, et vos déductions comptent.

2. Écrivez à votre bureau si le délai approche. Une demande motivée de prolongation, adressée au bureau d'imposition compétent avant l'échéance, vaut mieux qu'un silence. La même logique vaut pour le paiement, avec la demande de délai vue plus haut.

3. Si un rappel ou une sommation est déjà arrivé, répondez dans le délai du courrier. C'est la date de ce courrier qui fait foi, et y répondre écarte l'astreinte annoncée.

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